Documentation

Compte rendu du Forum RAI.S jeudi 7 novembre 2013

Présentation du projet « Cévennes » de la MECS Les Tisserands :
La MECS les Tisserands reçoit historiquement des accueils difficiles et fait partie des dispositifs d’urgence mais la pratique d’accueils préparés en amont avec d’autres structures a mis en évidence la nécessité de soins pour ces jeunes et de cibler le groupe dans lequel les accueillir. De la même façon, d’autres situations ont mis à mal l’institution et ont amenés à construire un projet pour accepter de recevoir ces adolescents en prenant en compte notre impossible et l’impossibles de ces jeunes qui ont subis de nombreuses ruptures et exclusions dans leur parcours et qui ne sont plus dans le désir d’apprendre « parce que la vie leur a trop appris » * (FX Fénérol).
Le projet prévoit une prise en charge de deux ans maillé d’étapes comme rites de passage pour rendre possible la prise en charge de ces adolescents en grande difficulté.
Il s’agit de mettre le jeune en mouvement, d’accepter qu’il ne soit parfois « pas là », « en fugue », qu’il trouve une forme de refuge dans sa famille malgré les difficultés…les éducateurs vont donc prendre en compte cette famille même pathogène, et développer un important travail avec les travailleurs sociaux. La MECS a toujours été dans la posture de non-renvoi mais ce nouveau dispositif et des positions éducatives différentes enrichissent et soutiennent la prise en charge.
L’ensemble des professionnels de la MECS sont impliqués dans ce projet au quotidien :
Des temps scolaires aménagés en intra et en extra, des chantiers partenariaux, des stages de découverte des métiers sur le site de la MECS, des activités sportives et culturelles, la participation aux repas pour reprendre gout à la cuisine, permettent de ré instaurer un rythme de vie, au quotidien et sur la semaine et de travailler avec ces jeune sur l’image d’eux-mêmes et sur l’estime de soi.
Ces rythmes permettent ainsi de limiter les temps d’errance psychiques et physiques.

Présentation du CAI Sud-Isère à Poisat :
Le CAI (Centre d’Accueil Immédiat) a ouvert en 2004 en tant que foyer d’accueil d’urgence et l’évolution actuelle s’inscrit dans cette histoire.
Il accueille depuis toujours les particularités, a développé un fort partenariat avec le champ de la santé.
Le CAI change de projet et de nom (Centre pour Adolescents de l’Isère) en 2011. Il continu d’accueillir des jeunes de 14 à 18 ans, avec la particularité de les accompagner vers le soin psychique. Ce partenariat s’articule avec la MDAdos sud-Isère et l’unité d’hospitalisation T.Lainé.
Il s’agit donc de penser l’accueil avec une pluridisciplinarité de prises en charge, de penser le parcours de l’adolescent. Cela permet de ne pas être isolé, de partager les difficultés et proposer de multiples prises en charges éducatives et soignantes :
- L’adolescent est accompagné physiquement au soin par ses éducateurs référents.
- Le soin est une évidence au CAI et l’infirmière prend en charge tous les soins somatiques, les accompagnements vers les spécialistes et l’éducation à l’hygiène, aux soins primaires.
- L’équilibre entre le « dedans » et le « dehors » est recherché pour éviter la chronicisation éducative.
- Au quotidien les jeunes participent à toutes les taches, il n’y a pas de maitresse de maison ni de factotum, ce qui est en soi déjà beaucoup pour eux.
- découvertes des métiers
- activités de soin du corps
- séjours extérieurs pour des expériences « extra- ordinaire »
- la scolarité n’est pas une priorité mais des ateliers scolaires sont proposés ainsi que des liens avec les dispositifs de l’éducation nationale et des missions locales les mieux adaptés possibles.
- Un atelier de création offre un instant de création avec Anna, art-thérapeute.
On voit qu’il s’agit de ne pas être omnipotent, de se rendre impuissant pour mieux travailler avec les partenaires et ce « bricolage » efficient permet de ne pas être figé, de suivre l’évolution du jeune et surtout de penser cliniquement la prise en charge avec l’aide des psychiatres et psychologues : cela rend souvent possible l’impossible. Le symptôme devient un outil qui permet d’envisager le jeune dans sa singularité et de rendre le passage à l’acte supportable.

Il est à souligner que le maintien du cadre indispensable se confronte à cette souplesse nécessaire.
La pluridisciplinarité et l’inter culturalité da l’équipe enrichissent la pratique, les différences sont élaborées tranquillement pour mieux travailler l’attachement et ses troubles, pour accepter la différence du jeune.

Débat :
S’assouplir est une prise de risque : lâcher le cadre éducatif nous met en danger.C’est le symptôme, les troubles du jeune qui sont créateurs de cette nécessaire adaptation même si l’objectif est de l’amener à un cadre social plus normé.

A propos de « la fugue :
Accepter la fugue pose la question des prises de risque, des responsabilités partagées. Accepter que le jeune n’a souvent pas d’alternative, qu’il cherche l’isolement, un refuge mais qu’il part aussi en errance.
Aller chez sa famille en fugue c’est être autorisé à ce lieu justement parce que le foyer est là, que sa place est réservée.
Le retour de fugue est un moment privilégié de paroles.
La fugue est une façon de ne pas être au monde, d’être dans l’irréel : alors comment ramener à nous ce jeune qui veut se détacher, qui est parfois déjà « loin » ?
Même si le jeune est déclaré en fugue à la tutelle de la mesure de placement, « l’autoriser » à fuguer par cette tolérance permet de renforcer, de rendre plus prégnant son lien à l’institution : il s’agit de trouver l’ajustement entre montrer notre souci au jeune et ne pas forcément aller le chercher, le « sauver »…
Pendant les fugues longues, les éducateurs conservent le plus possible le contact, c’est une prise de risque nécessaire pour ne pas rompre le lien, cette démarche est soumise à la décision du juge qui construira le cadre de souplesse et d’accompagnement éducatif particulier. Cela permet aussi de se décaler d’une mesure de placement irréalisée et irréalisable.

Les difficultés d’orientation post hébergement éducatif :
A 18 ans certains jeunes se heurtent au vide institutionnel et aux difficultés d’intégrer les relais d’hébergement adapté et de soins : un important travail avec les dispositifs pour adultes est à mener pour améliorer ces orientations.

La clinique de l’adolescent :
La question de la clinique doit être au cœur de ces prises en charge, clinique éducative et clinique psychologique doivent se croiser, s’enrichir et se soutenir. Ces jeunes exigent de prendre en compte leur problématique dans le système environnemental global qui interagit sans cesse.

Intervention conclusive de Mr Fénérol :
De quoi répondons-nous en termes de responsabilité ? D’une responsabilité éducative pour des jeunes qui ont décroché de tout ? Chaque fois que l’éducateur se fait une obligation il rencontre une impasse mais construire quelque chose sans obligation est une gageure puisque le cadre suppose encore des obligations….il faut donc traiter les impasses, la fugue est d’ailleurs un des traitements de l’impasse pour l’adolescent. Comment il devient possible pour l’adolescent de rencontrer un éducateur ou une institution ? C’est la rencontre qui apportera le soutien, la présence, à ces adolescents malgré les difficultés et les impossibles, on rend alors possible le fait de rencontrer de l’impossible…
L’angoisse est prégnante, le professionnel doit la traiter pour ne pas mettre en danger la rencontre : le travail clinique permettra de transformer l’angoisse en inquiétude. En effet le professionnel consent à être inquiet alors l’adolescent va se risquer à s’inquiéter de lui-même.
Questionner l’usage de l’interdit : l’interdit ne permet pas de prendre soin de soi à la différence de la prohibition qui met la question de la responsabilité du coté du sujet. Le professionnel doit soutenir le fait d’être en faute, d’être défaillant, il se confronte alors à son insuffisance, sa maltraitance car la question du bien pour l’autre n’est pas sans mal.
La pratique éducative n’est pas réservée à l’éducateur mais à tous les professionnels auprès de l’adolescent : ce sont les relations entre les adultes qui vont soutenir le travail que le jeune entreprend.

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